Représentation de la divinité chinoise Fuxi - AI generated
Rate this page
Représentation de la divinité chinoise Fuxi - AI generated

Fuxi, figure emblématique de la mythologie chinoise, est considéré comme l’un des Trois Augustes, ces souverains mythiques ayant façonné les fondements de la civilisation chinoise. Vénéré comme le père de l’humanité et le créateur de nombreuses institutions culturelles, Fuxi incarne la sagesse ancestrale et l’harmonie cosmique. Explorons les légendes, les contributions et l’héritage de ce personnage fondateur.

I. Origines de Fuxi : Attributs, fonctions divines et symboles associés

Dans la mythologie chinoise, Fuxi (伏羲) est considéré comme l’un des souverains primordiaux et civilisateurs, une figure charnière entre le chaos originel et l’organisation du monde humain. Apparu dans les récits anciens comme le premier des Trois Augustes, il est perçu à la fois comme un demi-dieu, un roi sage, et un modèle d’ordre cosmique. Les textes le décrivent comme un être hybride, possédant un corps de serpent ou de dragon et une tête humaine, symbolisant l’union des forces célestes et terrestres, ou encore la fusion des principes yin et yang.

Son rôle dans la cosmogonie est profondément structurant. Il est associé à l’invention des fondements de la civilisation, notamment l’écriture (bagua ou huit trigrammes), la musique, les filets de pêche, la chasse, la domestication des animaux, et les rites matrimoniaux. Ces apports ne sont pas des inventions techniques isolées : ils forment un système harmonieux destiné à instaurer l’ordre dans un monde jusqu’alors régi par l’instinct ou le chaos. Fuxi est aussi un législateur du ciel, celui qui observa les signes divins pour en tirer des règles, créant ainsi les prémices du calendrier, des rituels et de la cosmologie taoïste.

Enfin, le symbole du Bagua (八卦), constitué de huit combinaisons d’éléments yin et yang, lui est attribué. Selon la légende, Fuxi aurait observé le dos d’un dragon-cheval sacré (longma) émergeant du fleuve Luo pour en déduire ces schémas divinatoires. Ce système deviendra plus tard une composante essentielle du Yijing (Livre des mutations), texte fondamental du taoïsme et de la pensée chinoise. Par son rôle, ses attributs et sa fonction de médiateur entre ciel et terre, Fuxi incarne le prototype de l’empereur-sage, à la fois fondateur, régulateur et initiateur de l’humanité civilisée.

II. Les grandes légendes liées à Fuxi

Les récits entourant Fuxi oscillent entre cosmogonie et transmission des savoirs. Dans les textes anciens, il est souvent associé à la période qui suit le grand chaos, lorsque les forces élémentaires, autrefois en lutte, commencent à s’harmoniser. Fuxi intervient à ce moment critique de la genèse pour ordonner le monde et enseigner à l’humanité comment survivre, comprendre et vivre en société.

Une légende, très populaire, met en scène Fuxi et Nuwa (même si nous n’évoquerons ici que sa part à lui), confrontés à une humanité en voie de disparition après une catastrophe dévastatrice. Pour assurer la survie de l’espèce, Fuxi aurait conçu les premiers rites matrimoniaux, codifiant les unions entre êtres humains selon des règles sociales et célestes. Ce geste n’est pas seulement symbolique : il marque l’entrée de l’humanité dans un ordre rituel, où les liens entre individus sont définis par le respect des lois naturelles et sociales.

Plusieurs récits rattachent Fuxi à la maîtrise des éléments et des techniques de subsistance. Il aurait été l’inventeur du filet de pêche et de la chasse organisée, transmettant ainsi aux hommes les arts de se nourrir sans épuiser leur environnement. Ces apports placent Fuxi comme un archétype du civilisateur bienveillant, dont l’objectif n’est pas la domination mais l’équilibre entre l’homme et la nature.

III. Création des trigrammes (Bagua)

Dans les traditions mythologiques chinoises, la figure de Fuxi est intimement liée à celle de Nuwa (女媧), souvent présentée comme sa sœur et son épouse, dans une dynamique à la fois symbolique et cosmologique. Ce lien matrimonial, bien que parfois contesté ou nuancé selon les écoles ou les périodes, incarne l’union du yin (représenté par Nuwa) et du yang (incarné par Fuxi). Ensemble, ils forment le couple originel, garant de l’équilibre du monde et de la reproduction harmonieuse de l’humanité.

L’union de Fuxi et Nuwa est notamment évoquée dans plusieurs textes anciens où ils sont représentés entrelacés, leurs corps de serpent formant une double spirale – un symbole fort de complémentarité, d’unité des contraires et de cycle perpétuel. Cette image, présente dans les temples, fresques et ouvrages classiques, souligne leur statut de procréateurs divins : ils ne sont pas simplement des amants, mais les géniteurs de l’humanité civilisée, restaurée après un cataclysme qui aurait anéanti l’ancien monde.

Certaines versions du mythe racontent que, devant le vide laissé par la destruction massive de l’humanité, Fuxi et Nuwa ont façonné les premiers humains avec de la boue jaune, insufflant la vie à travers des rites symboliques. Ce geste ne relève pas seulement de la création physique, mais aussi d’un acte d’amour cosmique, dans lequel l’équilibre entre les forces opposées devient le moteur de la régénération du monde.

Quant à leur descendance proprement dite, les textes sont moins explicites. Il n’est pas toujours question d’enfants nommés, mais plutôt de l’humanité entière comme leur héritage, placée sous leur protection et instruite par leurs enseignements. Cette absence de descendance divine directe – à la différence d’autres mythes panthéistes – renforce leur statut de parents fondateurs universels, dont l’amour se matérialise non par des lignées mais par des lois, des rites et des formes d’organisation humaine.

IV. Son culte et les formes de vénération

Bien que son culte soit moins populaire aujourd’hui que celui de divinités comme Guan Yu ou Mazu, Fuxi demeure une figure vénérée dans de nombreuses traditions religieuses et ésotériques chinoises, en particulier dans le taoïsme et les écoles d’alchimie spirituelle. En tant que progéniteur de l’humanité civilisée et maître des arts divinatoires, il est honoré comme un sage mythique ayant instauré les fondements du monde organisé : écriture, rituels, musique, mariage et systèmes cosmologiques.

Les lieux de culte qui lui sont dédiés se trouvent notamment dans les provinces de Gansu et Henan, avec des temples comme le Temple de Fuxi à Tianshui, considéré comme son lieu de naissance mythique. Ce temple, reconstruit et entretenu à travers les dynasties, abrite des statues le représentant avec un corps de serpent, souvent aux côtés de Nüwa. Des fresques murales illustrent leurs hauts faits, dont la création des humains et la transmission du Bagua. Chaque année, des cérémonies y sont tenues lors de la fête du 12e jour du 2e mois lunaire, qui marque son anniversaire traditionnel.

Les rituels dédiés à Fuxi s’inscrivent dans une double logique : protéger l’harmonie cosmique et guider la pratique humaine. Les pratiquants du taoïsme alchimique l’invoquent pour méditer sur les principes yin-yang, la transformation intérieure et la compréhension du Livre des mutations (Yijing), dont il serait le père. On dit qu’il inspire les pratiquants dans leur recherche d’équilibre entre souffle vital (qi), éthique et sagesse cosmique.

Dans les écoles de divination, Fuxi est toujours mentionné comme le créateur des trigrammes. Les maîtres feng shui, astrologues et chamans lui rendent hommage au début de leurs calculs ou lors de cérémonies d’ouverture de cycle. On retrouve ainsi son nom gravé dans certains autels domestiques ou dans des manuels classiques liés à l’interprétation du destin.

Bien qu’issu des profondeurs de la mythologie archaïque, Fuxi continue de rayonner dans la culture chinoise contemporaine, tant dans les arts que dans les représentations symboliques, scientifiques et philosophiques. Son nom évoque encore aujourd’hui les notions de sagesse originelle, d’ordre cosmique et d’harmonie entre ciel et terre.

Dans la culture visuelle et artistique, Fuxi apparaît fréquemment dans les peintures traditionnelles, les fresques de temples et les estampes populaires, souvent enlacé en spirale avec Nuwa, formant un double serpent dont les queues s’entrelacent. Ce motif incarne l’union du yin et du yang, du féminin et du masculin, de l’humain et du divin. On le retrouve aussi dans certaines œuvres de bande dessinée, de fantasy chinoise ou de jeux vidéo où il est représenté comme un ancien sage possédant les secrets du cosmos et de la divination.